Tout homme doit savoir soit parler, donner ou travailler pour être utile à lui-même, à sa communauté et à son pays.

Forum National en faveur de la nutrition au Burkina Faso

Forum National des personnes ressources pour l’amélioration de la nutrition maternelle, du nourrisson et du jeune enfant au Burkina Faso

Ci-dessus la photo de famille du Forum National

L’analyse des indicateurs de la malnutrition au Burkina Faso montre que la situation nutritionnelle est toujours insatisfaisante malgré les efforts consentis par le gouvernement et ses partenaires ces dernières années.

Pour contribuer à l’amélioration de cette situation dans une approche multisectorielle, un plan de communication et de plaidoyer du Champion National de la Nutrition a été mis en place depuis 2019 par le ministère de la santé à travers le Secrétariat Technique de l’Alimentation et de la Nutrition (STAN) avec l’appui de son partenaire l’ONG Alive&Thrive.

Pour rappel, c’est lors de la première session du Conseil National de Concertation en Nutrition (CNCN) tenue le 17 Juillet 2018 à Ouagadougou que le leader coutumier Son Excellence le Larlé Naaba Tigré a été investi Champion National de la Nutrition au Burkina Faso, cela notamment à cause de son engagement personnel dans de grandes actions de sécurité alimentaire, dans l’alimentation de la mère et de l’enfant.  

C’est à cet effet que les activités entrant dans le cadre de la réalisation de ce plan de communication et de plaidoyer pour l’amélioration de la situation nutritionnelle de la mère, du nourrisson et du jeune enfant au Burkina Faso ont débuté ce mardi 30 Mars 2021 aux environs de 9h à l’hôtel des conférences «Ouin-yidé» de Ouagadougou, par une séance de travail des personnes ressources, des leaders coutumiers et religieux sur les interdits alimentaires, les idées reçues et leurs impacts dans la nutrition maternelle et infantile.

Ainsi, les participants, venus du Sahel, des Hauts bassins, des Cascades, du Nord, du Centre, de l’Est, du Centre-sud, bref de toutes les régions du Burkina se sont retrouvés pour des débats/échanges concernant la question de nutrition.

Selon l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), la nutrition est un apport alimentaire adapté et équilibré répondant aux besoins de l’organisme.

Cependant, le Réseau des Nations Unies et de la Société Civile pour la Nutrition au Burkina Faso (RESONUT) pense que la  nutrition  n’est  pas  seulement  une  question  de  santé  publique  ou d’alimentation mais une question de développement global impliquant plusieurs secteurs notamment les secteurs Santé, Agriculture, Eau, Hygiène et Assainissement, Éducation, Autonomisation de la femme, Développement du Jeune Enfant, Protection Sociale,  Commerce, Emploi et Travail et la Réduction de la Pauvreté.

De ce qui précède, la situation de la nutrition au Burkina Faso ces dernières années demeure toujours largement insuffisante et insatisfaisante.

En effet selon l’Enquête Nationale Nutritionnelle (ENN) 24,9% d’enfants souffraient de malnutrition chronique ou de retard de croissance contre 8,9% de malnutrition aigüe en 2020.

C’est donc convaincus que la stratégie efficace de lutte contre la malnutrition en général passe nécessairement par des actions en faveur d’une bonne nutrition de la femme enceinte, du nourrisson et du jeune enfant que se sont réunis le mardi 30 Mars 2021 dans la matinée à Ouagadougou, plus d’une cinquantaine de participants pour travailler ensemble afin de lever les barrières qui entravent la bonne nutrition en faveur de cette couche vulnérable

Organisé par le ministère de la santé à travers le département de la nutrition avec l’appui financier de l’ONG Alive & Thrive, l’atelier de travail a  connu la présence effective du Ministre de la santé, le Professeur Charlemagne R. OUEDRAOGO ainsi que celle du Champion National en Nutrition, S.E le Larlé Naaba Tigré.

Ci-dessus une vue du présidium : au milieu le Ministre de la santé, à sa gauche S.E le Larlé Naaba Tigré et à sa droite le Directeur pays de l’ONG Alive & Thrive.

Pendant plus de six (6) heures d’horloge, les travaux ont consisté dans un premier temps en des exposés sur l’état de l’alimentation du couple Mère-enfant, de l’allaitement exclusif et de l’alimentation de complément au Burkina Faso. Dans un second temps, il y a eu des débats/échanges, apports et avis en plénière concernant les présentations notamment sur les interdits alimentaires, les idées reçues et leurs impacts dans la nutrition maternelle et infantile.

En troisième lieu c’est par des engagements formels que les personnes ressources, des leaders coutumiers, religieux et communautaires ont souscrit afin de promouvoir les pratiques optimales de nutrition maternelle ainsi que l’Alimentation du Nourrisson et du Jeune Enfant (ANJE) que la rencontre a pris fin.

Des exposés sur l’état nutritionnel au Burkina Faso, Docteur (Dr) Ella COMPAORE, chiffres et illustrations graphiques à l’appui, après avoir confronté les réalités du terrain aux normes recommandées, conclut que la nutrition du couple Mère-enfant est en deçà des attentes entrainant de ce fait des retards de croissance, des anémies, de faibles poids, etc. d’où la nécessité de renforcer la nutrition maternelle par une alimentation diversifiée et équilibrée, 2 repas supplémentaires, et la consommation d’au moins 5 des 10 groupes d’aliments recommandés par le système de santé du Burkina Faso.

Selon toujours le Dr Ella COMPAORE il y a urgence d’agir en ce qui concerne l’alimentation optimale de la femme enceinte car cela :

  •  Réduit le risque élevé de décès pendant la petite enfance ;
  • Renforce le physique et évite les déficits cognitifs ;
  • Evite les problèmes de santé chroniques.

C’est à ce sujet que les 10 groupes d’aliments recommandés par le système de santé du Burkina Faso pour une nutrition optimale de la femme enceinte ont été dévoilé :

Ces 10 groupes d’aliments recommandés pour la femme enceinte sont composés :

  1. D’aliments à base de céréales, racines et tubercules ;
  2. De pois et haricots ;
  3. De noix et graines ;
  4. De produits laitiers ;
  5. D’aliments carnés (viande, poisson, foie et abats) ;
  6. D’œufs ;
  7. De feuillets verts foncés riche en vitamine A ;
  8. De fruits et légumes riches en vitamine A ;
  9. D’autres fruits ;
  10. D’autres légumes.

A ces 10 groupes d’aliment recommandé pour la femme enceinte, il faut également que celle-ci ait des apports supplémentaires en Fer Acide Folique (FAF) sans oublier de surveiller régulièrement son poids.

La « Fenêtre d’opportunité des 1000 premiers jours de l’enfant » a ensuite été abordée. Selon la Directrice de la Nutrition (DN), Dr Estelle BAMABRA, cette période est très déterminante pour le reste de vie de la personne d’où la nécessité de veiller aux stricts respects des indications nutritionnelles optimales du nourrisson pendant les 1000 premiers jours.

A cet effet, pour une nutrition optimale du nouveau-né, il faut :

  • Mettre immédiatement le nouveau-né au sein de sa mère dans la première heure qui suit la naissance sans lui donner ni de l’eau, ni autre liquide (Allaitement précoce) ;
  • Continuer à allaiter le nouveau-né uniquement avec le lait de sa mère sans autre liquide jusqu’à l’âge de 6 mois (Allaitement exclusif) ;
  • Après l’âge de 6 mois du nouveau-né, commencer l’introduction des aliments de complément (bouillies enrichies, etc.) tout en poursuivant l’allaitement maternel jusqu’à 2 ans (Alimentation de complément).

Selon les spécialistes de la nutrition, l’allaitement précoce et l’allaitement exclusif s’expliquent par le fait que 88% du lait maternel est composé d’eau, 7% de lactose, 4% de matières grasses et 1% de protéine, comme illustré dans le schéma suivant : 

Ci-contre l’illustration de la composition du lait maternel.

L’objectif de l’Alimentation du Nourrisson et du Jeune Enfant (ANJE) étant d’augmenter le taux d’allaitement exclusif de 38,2% en 2012 à 80% en 2025, il ressort des Enquêtes Nationales Nutritionnelles (ENN) qu’en 2019 au Burkina Faso, sur 10 nourrissons âgés de moins de six mois, 4 reçoivent des liquides et aliments, ce qui représente un taux de 59,6%. Cette réalité concernant l’allaitement exclusif varie d’une région à une autre en témoigne l’illustration suivante :

Ci-contre, le taux d’allaitement exclusif par région.

Il ressort clairement de cette illustration graphique que les régions du Sud-Ouest et de l’Est viennent en tête en ce concerne l’allaitement exclusif avec des taux compris entre 70% à 79%. Les régions du Centre, Centre-Sud et du Plateau Central occupent le bas de l’échelle avec des taux allant de 30% à 49%. Le reste des autres régions du pays occupant des positions intermédiaires (50% – 69%).

Ainsi l’on retiendra que donner de l’eau ou d’autres liquides ou aliments au bébé de moins de six mois peut le rendre malade.

Ci-dessus une vue des participants au Forum National lors des travaux.

A l’issue des exposés sur l’état de la nutrition au Burkina Faso, la suite des travaux a consisté en des débats/échanges, apports et avis entre les participants. Entre autres interventions :

La communauté catholique dira que : « Ce n’est pas ce qui rentre dans la bouche de l’homme qui souille l’homme ». Cette communauté trouve que sur le plan alimentaire, il n y a vraiment pas d’interdit. La communauté déplore cependant l’influence des membres de la société qui fait que beaucoup de personnes sans le savoir mettent en danger les femmes enceintes, allaitantes et les enfants en les privant de certains aliments nutritifs.

Quant aux leaders coutumiers, ceux-ci ont laissé entendre que les obstacles pour une bonne nutrition des femmes enceintes et allaitantes demeurent dans le fait d’introduire des produits chimiques à l’image des cubes maggis, de certaines huiles, du carbure, etc. dans la cuisson des aliments. En ce qui concerne l’allaitement exclusif, les coutumiers affirment que cette pratique est essentiellement traditionnelle et prônent pour le maintien et le renforcement de cette façon naturelle d’allaiter. Les coutumiers déplorent cependant que la société moderne tend à faire reculer l’allaitement exclusif par les biberons, etc.

Le Centre d’Etudes, de Recherche et de Formation en Islam (CERFI) souhaite que soit mis en place un mécanisme de suivi de tout ce qui a été dit au présent Forum National concernant les pratiques optimales de nutrition pour que les bénéficiaires que sont les femmes enceintes, allaitantes, les nourrissons et les jeunes enfants puissent réellement en profiter.  

C’est à l’issue de ces intenses débats/échanges apports et avis que les personnes ressources, les leaders coutumiers, religieux et communautaires réunis à Ouagadougou ce mardi 30 Mars 2021 dans le cadre de la recherche de solutions concernant les interdits alimentaires, les idées reçues et leurs impacts dans la nutrition maternelle, du nourrisson et du jeune enfant ont unanimement convenu de s’engager formellement à promouvoir dans leurs localités respectives, les pratiques optimales de nutrition de la mère et de l’enfant, marquant également la fin des travaux aux environs de 15h.

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